Hbyba HARRABI

Plasticienne


On dit que ma peinture est celle d’un voyage intérieur, voyage immobile mais bruyant, vers un lieu imaginaire. Je redonne vie aux déchets, à ce qui reste, aux choses qu’on abandonne comme un journal qu’on a déjà lu… et le hasard est mon complice…  Je crois que mon ton travail est né du chaos…

II est né en tout cas d’un refus. Il y avait toujours en moi une force contraire, qui voulait me tenir prisonnière, par ses racines qui m’attachent comme des chaînes à mes pieds. Ces racines n’étaient pas seulement celles qui me maintenaient au sol, c’est-à-dire mon identité, mais c’était surtout le poids des préjugés, des habitudes. Il me fallait hors des contraintes tenter des expériences nouvelles.



Mon travail est aujourd’hui l’histoire d’une libération sans cesse recommencée. Cette libération se concrétise par un aller et retour de la matière entre mes mains et ce qui vient à mon esprit. Je souhaite que couleur et matière se fassent pensée. Naviguant entre geste et écriture, je me livre à une sorte de dialectique soustraction-addition, intérieur-extérieur, l’autre et moi, l’unique et le pluriel.

Dans la pratique, tout se joue par une forme de répétition : ramasser, tordre, découper, déchirer, froisser, tremper, faire, défaire, enrouler, coller, décoller, gratter, enfin transformer la page d’un livre ou la pièce d’un tissu… L’objet du quotidien devient un support. Ainsi, le papier d’un journal ou les copeaux d’un crayon taillé ou même des cendres peuvent s’intégrer dans ma peinture.



Mes formes naissent spontanément : des corps, des figures, des personnages émergent l’un après l’autre pour envahir l’espace de ma toile. Cette toile est d’une certaine manière mon pays dont j’ai effacé les frontières si bien que s’y mêlent aussi bien les couleurs de ma Tunisie que les taches d’un hiver en France ou même le souvenir de certains de mes voyages en Allemagne, en Égypte, au Danemark, en Turquie, au Maroc… Oui, mon travail est un métissage de cultures ancré en Tunisie, relié au monde.



L’enjeu esthétique est né de cette hybridation qui m’interroge et qui questionne. Je tente de peindre comme on crie, sans préméditation et, de la sorte, mes tableaux sont un geste, un mouvement. Le mouvement qui, on le sait, est une émotion, une émeute.
Dans mes peintures, les spectateurs ont pu trouver l’ordre et le désordre, le montré et le caché (ou plutôt le camouflé), le dur et le tendre. Tout est fait pour que celui qui regarde puisse lui-même devenir l’inventeur de mon offrande.







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